Artistes exilés en France: Paris et Toulouse

Posté par classeuro le 23 mars 2010

Le plus grand nombre d’exilés républicains espagnols s’installa en France et cet exil présente des particularités sociologiques bien distinctes qui révèlent l’existence de deux courants assez différents: celui qui se dirigea vers Paris était de type petit-bourgeois et intellectuel; celui qui s’installa dans le Sud-Ouest du pays autour de la capitale de la Haute-Garonne, Toulouse, avait une base populaire et syndicale.

Les caractéristiques de l’exode consécutif à la défaite militaire furent celles de ce type d’émigration, marquée par des gens issus de différentes contrées, de différentes catégories sociales, de différentes professions et opinions politiques. L’arrivée massive en terre étrangère voisine après la Retirada15 de 1939 fut suivie d’une dispersion dans les différents camps de concentration prévus pour les accueillir, des déplacements vers le nord du pays et une deuxième sortie vers d’autres États, dont surtout ceux d’Amérique Latine.

Ceux qui finalement restèrent en France durent affronter une nouvelle tragédie historique: la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945), durant laquelle leur condition, loin de s’améliorer au fil des années, devint d’une précarité évidente.

À leur état d’exilés dans un pays occupé et en guerre, s’ajoutait le handicap que suppose la méconnaissance d’une langue étrangère, qui rendait plus compliquées communication et intégration dans leur nouveau pays, à la différence de ceux qui s’exilèrent dans des pays hispanophones.

L’activité culturelle des exilés en France fut constante depuis leur arrivée. Les lieux, formes et courants d’expression de leur culture furent divers, mais dans l’ensemble on peut affirmer que la caractéristique essentielle de l’exil espagnol en France réside dans sa volonté de sauvegarder l’identité culturelle hispanique.

L’exil artistique est un des aspects de cet univers culturel espagnol qui se produisit en France après la guerre civile. On sait que Paris fut le plus important point d’arrivée de ces créateurs, mais il ne faut pas oublier l’existence d’un autre centre artistique dans la zone sud: Toulouse, qui recueillit un bon nombre d’artistes, encore absents de l’historiographie d’art contemporain espagnol, d’une part par méconnaissance et d’autre part à cause du manque de recherches qui révéleraient cette évidence.

Le collectif d’artistes exilés en France présente d’énormes différences quant à leurs chances de formation et reconnaissance, compte tenu du choix de leur lieu d’exil. Il est évident que l’environnement culturel et artistique des années quarante n’était pas le même à Paris qu’à Toulouse et donc l’impact et la portée qu’auront les artistes ayant choisi Paris, n’a rien de commun avec le dépassement de soi atteint par ceux qui s’installèrent dans la Ville Rose. Si l’on ajoute à cela que la plupart des artistes qui forment le Groupe de Toulouse sont des autodidactes, qui durant des années durent s’employer à survivre plus qu’à peindre, sculpter ou dessiner, et qu’aucun appareil critique n’a été là pour sauver leur mémoire de l’oubli, un retournement historique s’impose et nous encourage dans notre travail de façon impérative et urgente.

Paris 

Depuis le début du siècle des noms incontournables de l’histoire universelle de l’art choisirent Paris attirés par l’essor artistique de la capitale française. L’incomparable bouillonnement culturel qui se produisit à Paris au début du XXe siècle provoqua un formidable attrait chez les artistes de toutes nationalités qui, et parmi eux les Espagnols, essayaient d’abandonner les pratiques d’une société de fin de siècle ancrée dans le passé, marquée par le naturalisme artistique, sans marché intérieur capable d’absorber leurs oeuvres et dotée d’un appareil critique pratiquement inexistant incapable d’appuyer une quelconque démarche rénovatrice.

Les pionniers de cette aventure artistique espagnole portent des noms qui font partie de l’histoire universelle de l’art et ont atteint une excellence artistique qui les convertit en figures de proue de l’art contemporain.

Julio González vint avec sa famille en 1900, Pablo Picasso réalisa son premier voyage à Paris en 1901, et s’y installa définitivement en 1904; Juan Gris en fit de même en 1906; María Blanchard en 1909, Joan Miró en 1920. Tous ces noms font partie des avant-gardes historiques et sont un référent incontournable pour les futures générations d’artistes qui viennent en France ou sont en gestation en Espagne.

Ces artistes qui étaient hors d’Espagne lorsque la guerre civile éclata, resteront à l’extérieur et ne reviendront pas chez eux sauf Miró qui continua son oeuvre dans un exil intérieur. Cette génération d’artistes espagnols ne s’était pas installée dans la capitale française pour des raisons politiques, mais dans de nombreux cas elle appuya de façon capitale la Seconde République Espagnole. Néanmoins, on ne saurait les considérer comme de vrais exilés pour fait de guerre.

Le groupe d’artistes qui durant les années vingt et trente a rejoint la dénommée École Espagnole de Paris constitue le deuxième temps de l’émigration artistique à Paris. Les peintres les plus intéressants sont Manuel Ángeles Ortiz, Francisco Bores, Joaquín Peinado, Hernando Viñes, Luis Fernández, Pancho Cossío, Ismael Gómez de la Serna, Óscar Domínguez, Alfonso Olivares et Honorio García Condoy. Nous rencontrons aussi dans la sphère de l’École Espagnole de Paris des artistes intéressants comme Mateo Hernández ou José Palmeiro.

Tous représentent un ensemble de personnalités et trajectoires artistiques qui ont en commun leur convergence vers Paris à une époque de grande effervescence culturelle et artistique. Ces artistes entrent en contact avec différentes écoles et trouvent en Picasso un référent inévitable. Beaucoup ont développé un grand travail professionnel en France car la situation imposée à l’Espagne après la guerre ne les attirait pas et ils restèrent à Paris. Ces artistes non plus ne sauraient être considérés comme des exilés de guerre, car ils étaient en France durant le conflit (exception faite de Manuel Ángeles Ortiz), mais aucun ne revint en Espagne après la guerre.

Quelques artistes parmi ceux que nous avons qualifiés de pionniers à Paris et d’autres faisant partie du groupe de l’École de Paris, participèrent à la réalisation du Pavillon de la République Espagnole lors de l’Exposition Internationale des Arts et Métiers, qui se tint à Paris l’été 1937, événement particulièrement significatif pour la culture artistique de l’époque. On passa commande pour ce Pavillon à plusieurs artistes résidant à Paris, et leurs oeuvres se convertirent au fil du temps en symboles emblématiques de la guerre et de l’exil. Nous faisons allusion à la sculpture Le peuple espagnol a un chemin qui le conduit vers une étoile (1937) d’Alberto Sánchez; la sculpture Fontaine d’Almadén (1937) d’Alexandre Calder; la toile Guernica (1937) de Pablo Ruiz Picasso; le mural Le Moissonneur (1937) de Joan Miró et la sculpture Montserrat (1937) de Julio González.

Ces cinq oeuvres sont la commande particulière du gouvernement de la République faite aux artistes pour cette exposition. Ce fut la première rencontre entre l’État Espagnol et les artistes d’avant-garde résidant en France, plutôt méconnus voire absents dans leur propre pays. La présence de ces artistes espagnols à Paris montre leur cosmopolitisme culturel et l’avant-garde de leurs propositions. Le troisième temps de l’émigration artistique à Paris, est à proprement parler celui de exil, de se produit à la fin de 1939, moment où arrivent les artistes fuyant la répression et le triomphe du fascisme en Espagne car beaucoup avaient été impliqués dans le conflit ou avaient participé aux activités artistiques de soutien aux républicains. Parmi eux nous pouvons citer Manuel Ángeles Ortiz, Baltasar Lobo, Pedro Flores, Ginés Parra, Antoni Clavé, Manuel Viola ou Appel·les Fenosa.

De nombreux artistes issus de l’École de Paris et d’autres arrivés dans la capitale après la guerre, participèrent à l’exposition appelée L’art de l’Espagne républicaine. Artistes espagnols de l’École de Paris qui eut lieu à Prague en 1946. L’exposition, outre son caractère de manifestation publique et esthétique d’artistes d’avant-garde républicains, s’affirma comme phénomène artistique et politique. Participèrent à cette exposition: Picasso, Óscar Domínguez, García Condoy, Luis Fernández, Mateo Hernández, Francisco Bores, Julio González, sa fille Roberta González, José Palmeiro, Joaquín Peinado, Hernando Viñes, Ismael González de la Serna, Baltasar Lobo, Pedro Flores, Ginés Parra, Antoni Clavé, Appelles Fenosa, Manuel Adsuara et Balbino Giner.

La liste des artistes espagnols exilés à Paris ne se limite pas aux noms de l’École de Paris ou de l’exposition de Prague. Les circonstances ont impliqué une profonde méconnaissance de la part de ceux qui n’eurent pas une relation directe avec ces deux manifestations, c’est pourquoi il a fallu attendre plusieurs décades avant d’avancer d’autres noms grâce à des travaux d’études et de recherche. Il en est ainsi pour Joan Rebull, Emilio Grau Sala, Juan José Luis González Bernal, Antonio Quirós, Ángel Alonso, Rufino Ceballos, Ángel Medina, Eduardo Pisarro, etc.

Pour les artistes espagnols exilés en France comme pour le reste des républicains, la fin de la Seconde Guerre Mondiale a supposé un moment d’espoir et la certitude qu’enfin leur retour tant espéré en Espagne allait se faire, mais l’histoire en avait décidé autrement et leurs illusions tôt ou tard se sont évanouies, de sorte que, tenant compte de la situation, chacun décida de suivre son propre chemin, les uns ne rentrant plus jamais et les autres revenant peu à peu à mesure que l’horizon culturel espagnol montrait quelques signes d’ouverture vers l’extérieur. La décade des années cinquante surprit les artistes espagnols de Paris quand ils virent comment malgré l’enfermement politique du régime, une nouvelle génération d’artistes espagnols de l’intérieur commençait à être connue sur le plan international, après quelques expériences figuratives. En général ces jeunes espagnols qui triomphaient dans les Biennales adhéraient à l’art informel ou l’expressionnisme abstrait. Ceci causa une grande surprise au sein des Espagnols de Paris car il était clair que, à l’encontre de tout pronostic, la création artistique était capable de se jouer des obstacles politiques.

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